Portrait de Pontus de Tyard
. FRE 553:  "Topics in French Literary Movements"
Le maniérisme
Calendar: http://www.uncg.edu/rom/courses/campo/553/calendar03.html
Module 5.2:
Pontus de Tyard (1521-1605)
Séance 2: 15-17 octobre
    Séance 2 (15-17 octobre):   (Cliquez ici pour retourner à la Séance 1)
Dans cette séance, nous lisons les Douze Fables de fleuves ou fontaines de 1555-56/85.  Ici l'ennui que nous avons repéré dans le Discours du temps s'étend pour inclure des anxiétés à la fois sémiosiques--c'est-à-dire, ayant rapport aux précédés de signification, aux possibilités des signes (verbaux, visuels, ou autres) de "porter" des signifiés, ou sens, délimitables--et esthétiques--en ce qui concerne les possibilités des arts de remplir leur mission mimétique.  Ainsi que l'on va découvrir, tous les arts--y compris la poésie--seraient inextricablement entraînés par ce que le philosophe et critique moderne, Umbert Eco, appelle la "dérive sémiosique" ("semiosic drift").  Aussi explorons-nous une autre dimension psychologique au fond de l'art maniériste. 

Dans ce même contexte nous considérons les ressemblances entre les peintures évoquées  par Tyard et l'art du Château d'Anet, notamment les tentures de Jean Cousin, père.

À REMARQUER EN LISANT (voir la liste de lectures 2, ci-dessous)

         
  • Douze Fables de fleuves ou fontaines (1555-56/85)
    • REMARQUE PRÉLIMINAIRE:   Tout le monde doit lire les 10 "fables" signalées ci-dessous (ceci malgré le fait que, comme Exercice écrit, vous n'avez qu'à en préparer l'explication d'une seule).  En plus, tout le monde doit lire la petite introduction de l'éditeur moderne, John C. Lapp, ainsi que l'épître d'Etienne Tabourot que Lapp a placée en tête de la présente édition.
    • L'Introduction de Lapp (pp. 255-56):
      • On remarque le rapprochement que Lapp fait entre les Douze Fables et le Premier curieux (écrit peu après les Fables).  Tous les deux essais mettent en relief le changement et le mutation, ce qui mène notre éditeur à nommer Tyard "le poète des métamorphoses".  Dans notre cours, nous nous concentrons plutôt sur les correspondances entre les Fables et le Discours du temps.  Mais tout comme Lapp, nous appuyons sur l'idée de métamorphose qui deviendrait, proposons- nous, une rubrique à ajouter à la liste des thèmes essentiellement maniéristes recensés, auparavant, par Shearman et Bousquet (revoir la Biblio du Module 2).
      • Ainsi que Lapp le souligne (p. 256), on y reconnaît certains groupements thématiques dans la présentation des fables, mais le sens global de l'oeuvre reste à définir.  Comme l'éditeur le dit: "...il y a sans doute bien des rapports et des significations obscures que le lecteur moderne ne saurait plus déceler".  Ce sont ces significations, jusqu'ici inaperçues, que nous tentons d'éclaircir ici.
      • Château d'Anet Enfin, l'éditeur nous rappelle que les tableaux et les épigrammes marginaux décrits par Tyard furent probablement exécutés pour le château d'Anet de Diane de Poitiers et étalés, à l'origine (selon la thèse de P. Roussel [voir Biblio 2]), dans l'actuel Salon des Glaces. 
    • L'Epître d'Etienne Tabourot à Pontus de Tyard (p. 257)
      • Il nous incombe d'avouer, d'entrée de jeu, que cette préface épistolaire n'est ni aussi exceptionnelle, ni aussi sincère qu'elle paraîsse en surface.  Tout d'abord, ce n'est point la seule fois qu'un éditeur de l'époque ait prétendu redécouvrir et racheter un "exercice" de jeunesse d'un auteur contemporain (cf. les 29 sonnets de jeunesse d'Etienne de la Boétie publiés par Montaigne dans l'essai 1.29 de l'édition 1580 des Essais [Micha: t. 1, p. 243]).  Pour la même raison, il faut se méfier lorsque Tabourot affirme qu'il "prit" (c.-à-d., vola, à juger de l'allusion à son "honneste larrecin") le manuscrit des Fables à l'insu de Tyard:  il est bien plus probable que le Seigneur de Bissy lui accorda la permission de les publier.  Sa confession est d'autant plus suspecte parce que cette oeuvre n'était guère un fruit de jeunesse ou d'inexpérience:  Tyard avait au moins 34 ans lors de sa composition (vers 1555), et il eut déjà rajouté un troisième livre à ses fameuses Erreurs amoureuses. 
      • On remarque la date de la préface: 1585.  C'est en effet la première édition publiée de l'oeuvre (paraissant donc 30 ans environ après sa composition).  La valeur principale de ce document est le commentaire sur la "maison d'Anet":  seul témoignage affirmant que les "belles inventions" des Douze Fables auraient inspiré le plan de travail pour la décoration (le "plus grand lustre") du château.  Reste à découvrir quel(s) artiste(s) aurai(en)t réalisé le projet de Tyard et où les tableaux se seraient trouvés.  Ainsi que nous l'avons déjà indiqué, Roussel propose que les tableaux auraient embelli les murs de l'actuel Salon des Glaces avant l'amènagment de la pièce en 1698.  Or personne, à ma connaissance, n'a conjecturé sur l'identité de celui (ou ceux) qui eusse(nt) achevé les "peintures" proposées.   Malgré ce vide, il semble fort probable que Jean Cousin, père y ait joué un rôle dominant.  Car l'on ne saurait s'empêcher de reconnaître les ressemblances entre les tapisseries communément attribuées à son inspiration (voir le Web-quête 2) et les descriptions offertes par Tyard.  Dans le Forum 2, je vous invite à vous engager pleinement dans ce débat érudit en rehaussant ces similarités et en proposant d'autres théories, compte tenu de la biographie de l'artiste et de ce que vous apprenez en lisant les Fables,  pour croire que Cousin aurait pu réaliser le projet pictural que nous étudions. 
    • Les Douze Fables... (pp. 258-77)
      • Il convient de remarquer, dès le début, que les fables de Tyard s'inspirent de plusieurs sources anciennes, dont les principales sont le De Fluviorum Montiumque Nominibus (Sur les noms des fleuves et montagnes) du Pseudo-Plutarque, les Metamorphoses d'Ovide, et la Description de la Grèce de Pausanias.
      • Chaque Fable est composée de 3 parties:  la fable d'origine (inspirée d'un texte ancien), la description pour la peinture, et l'épigramme.  En principe, la peinture serait basée sur la fable, et l'épigramme serait inclu dans les marges (ou en bas, dans une cartouche) de la peinture (à comparer les légendes inscrites dans les marges des tapisseries de Cousin).
      • En lisant, vous devez faire très attention à la mise en relief des métamorphoses et aux procédés par lesquels les fleuves et fontaines obtiennent leur nom (le jeu d'étymologies).  Par ailleurs, on remarque la mise en relief de l'eau--métaphore par excellence (on l'a déjà dit) de l'écoulement du temps, etc. (voir nos commentaires sur le Discours, ci-dessus).
      • Vous devez aussi vous demander, pour chaque Fable, comment (ou si) la peinture complète la fable d'origine, et comment (ou si) l'épigramme enrichit la peinture et/ou la fable d'origine.
      • Voilà la liste commentée des fables à lire:
        • F1
        • F2:
          • On remarque les directifs que l'auteur offre au peintre:  quelles ressemblances voyez-vous entre cette description et les ekphrases de Ronsard?
          • Attention au temps des verbes dans l'épigramme.
        • F3:
          • Cette fable est inspirée de Pausanias (Desc. de la Grèce 7.23, 1-2: voir la note en bas de la p. 261).
          • On remarque l'emploi du conditionnel dans la description de la peinture. Qu'est-ce que ce mode verbal introduit dans la description?
        • F4:
          • Cette fable est aussi inspirée de Pausanias (Desc. de la Grèce 7.21, 1-5: voir la note en bas de la p. 263).
          • On remarque la disproportion textuelle entre la fable et les deux autres parties.
        • F6
          • La sixième Fable s'inspire du Pseudo-Plutarque (De Fluviis 23, voir Biblio 2).
          • On remarque des disparités entre l'épigramme et la représentation picturale:  quelles sont ces disparités?
        • F7
          • Cette Fable s'inspire du Pseudo-Plutarque (De Fluviis 25, voir Biblio 2).
          • Au milieu de la description pour la peinture, Tyard affirme: "ou, si cet acte estoit estimé mal seant..."  Qu'en pensez-vous?
        • F9
          • La neuvième Fable s'inspire surtout d'Ovide (Métamorphoses 4.285-388).
          • On remarque le discours direct dans l'épigramme.
        • F10
          • Cette Fable s'inspire du Pseudo-Plutarque (De Fluviis 7, voir Biblio 2).
          • On remarque la dimension psychologique de l'épigramme. Est-ce que la même dimension s'exprime dans la peinture?  Si oui, comment?
        • F11
          • Cf. Pseudo-Plutarque (De Fluviis 11, voir Biblio 2).
          • On constate que l'épigramme appuie sur le changement du nom du fleuve Palestin.  Est-ce que cette transformation s'expriment visuellement?
        • F12
          • Cf. Pseudo-Plutarque (De Fluviis 16, voir Biblio 2).
          • On constate l'introduction d'un "lavatoire" au lieu d'un fleuve ou fontaine.
          • Quelle serait l'importance de la mention, dans l'inscription  de la fable d'origine, d'un variante de l'histoire?  Qu'est-ce que ceci pourrait avoir avec le message général de l'oeuvre?
  Devoirs (à compléter avant le 18 octobre): O = obligatoire; F = facultatif
= réserve électronique; = courrier électronique
LD = liste de diffusion
Lectures 2: (O) ()
  • Douze Fables de fleuves ou fontaines (1555-56) (1585) 
Bibliographie recommandée 2: (F) ()
(Le titre en rouge fait l'objet d'un compte rendu obligatoire) 
  • Eco, Umberto.  "Two Models of Interpretation" et "Unlimited 
    • Semiosis and Drift..."  Dans The Limits of Interpretation. 1990 (pp. 8-32).
  • Mayer, Marcel.  Le Château d'Anet. 1952 (pp. 26-28).
  • Miernowski, J. "La Poésie et la peinture: Les Douze 
    • fables de fleuves ou fontaines de Pontus de Tyard. Reforme Humanisme, Renaissance 18 (1984): 12-22.
  • (Pseudo-)Plutarch.  Plutarch`s Essays and Miscellanies.  Vol.
    • 5.  1905 (extraits).
  • Roussel, P. D.  Description du Château d'Anet depuis le 
    • dixième siècle jusqu'à nos jours.  1875 (pp. i-iii; 25-28; 58; 92-96).
  • Roux, Alphonse. Le Château d'Anet. 1931 (pp. 38-53; 70-75).
Forum de discussion 2: 
  1. (O) Dans quels sens le Discours du temps nous prépare-t-il à comprendre le sens (le but théorique) des Douze Fables?  Quels messages les deux ouvrages ont-ils en commun?  Fournir des exemples précis. 

  2. Cliquer ici pour entrer dans la discussion.
     
  3. (F*)  Pourquoi voudrait-on proposer que Jean Cousin, père, était  le réalisateur du projet pictural proposé dans les Douze Fables? Étudier les 2 tapisseries attribuées à Cousin dans notre Web-quête 2 et relever 2 similarités (au moins) entre ces images et les descriptions des tableaux "fabuleux" de Tyard.  Lire la biographie de l'artiste aussi. Y aurait-il d'autres raisons pour arriver à la même conclusion? 

  4. Cliquer ici pour entrer dans la discussion.

    * Pour des points de bonus.

Exercice écrit: (O)
  • Chaque étudiant doit remettre une petite explication d'une "fable" (2 pages maximum).  Résumer la fable et relever les correspondances (et différences) entre la fable d'orgine et sa représentation picturale (la "peinture") et poétique (l'"épigramme").   A votre avis, laquelle des trois parties semble l'emporter sur les deux autres, ou seraient-elles toutes égales?  Expliquer.  Veuillez envoyer vos explications directement au professeur   (Les grosses lettres en caractère gras renvoient aux étudiants rassemblés dans notre galerie de portraits.) 

  • A: Fable 1     D: Fable 4      F: Fable 7
    B: Fable 2     E: Fable 6      G: Fable 10
     
    Compte Rendu:
      D (seulement) (O):  Lire l'article de Miernowski () et en  préparer un compte rendu de 3 pages (maximum); remettre directement au professeur en fichier joint (en Word ou WordPerfect). Dû le 18 octobre
    Web search Web-quête: (F)
    • Erreurs amoureuses (1549-1555): Sonnet : « Père du doux 
      • repos, sommeil... »
    • Château d'Anet
    • Ecole d'Anet (voir les études de Mayer, Roussel, et Roux dans
      • la Biblio 2)
      • Jean Cousin, Père (1500-1590?)
    Jean Cousin (père): St. Mammes et le duc Alexandre
    Confus? (F)
    • Des problèmes linguistiques?  Cliquez sur le Cotgrave en ligne:
    • Randle Cotgrave: Dictionarie of the French and English Tongues (1611)

      Toujours confus?  Envoyer vos questions à la LD du cours: fre553-l@uncg.edu; ou m'envoyer un message personnel à: recampo@uncg.edu

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