Séance 2 (15-17
octobre): (Cliquez ici pour retourner à la
Séance
1)
Dans cette séance, nous lisons les Douze Fables de
fleuves ou fontaines de 1555-56/85. Ici l'ennui que
nous avons repéré dans le Discours du temps s'étend
pour inclure des anxiétés à la fois sémiosiques--c'est-à-dire,
ayant rapport aux précédés de signification, aux possibilités
des signes
(verbaux, visuels, ou autres) de "porter" des signifiés,
ou sens, délimitables--et esthétiques--en ce qui concerne
les possibilités des arts de remplir leur mission mimétique.
Ainsi que l'on va découvrir, tous les arts--y compris la poésie--seraient
inextricablement entraînés par ce que le philosophe et critique
moderne, Umbert Eco, appelle la "dérive
sémiosique" ("semiosic drift"). Aussi explorons-nous
une autre dimension psychologique au fond de l'art maniériste.
Dans ce même contexte nous considérons les ressemblances
entre les peintures évoquées par Tyard et l'art du
Château
d'Anet, notamment les tentures de Jean Cousin, père.
À
REMARQUER EN LISANT (voir la liste de lectures
2, ci-dessous)
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Douze Fables de fleuves ou fontaines
(1555-56/85)
-
REMARQUE PRÉLIMINAIRE:
Tout le monde doit lire les 10
"fables" signalées ci-dessous (ceci malgré le fait
que, comme Exercice écrit, vous n'avez
qu'à en préparer l'explication d'une seule). En plus,
tout le monde doit lire la petite introduction de l'éditeur
moderne, John C. Lapp, ainsi que l'épître d'Etienne Tabourot
que Lapp a placée en tête de la présente édition.
-
L'Introduction de Lapp (pp. 255-56):
-
On remarque le rapprochement que Lapp fait entre
les Douze Fables et le Premier curieux (écrit peu
après les Fables). Tous les deux essais mettent en
relief le changement et le mutation, ce qui mène notre éditeur
à nommer Tyard "le poète des métamorphoses".
Dans notre cours, nous nous concentrons plutôt sur les correspondances
entre les Fables et le Discours du temps. Mais tout
comme Lapp, nous appuyons sur l'idée de métamorphose
qui deviendrait, proposons- nous, une rubrique à ajouter à
la liste des thèmes essentiellement maniéristes recensés,
auparavant, par Shearman et Bousquet (revoir la Biblio
du Module 2).
-
Ainsi que Lapp le souligne (p. 256), on y reconnaît certains groupements
thématiques dans la présentation des fables, mais le sens
global de l'oeuvre reste à définir. Comme l'éditeur
le dit: "...il y a sans doute bien des rapports et des significations obscures
que le lecteur moderne ne saurait plus déceler". Ce sont ces
significations, jusqu'ici inaperçues, que nous tentons d'éclaircir
ici.
-
Enfin, l'éditeur nous rappelle que les tableaux et les épigrammes
marginaux décrits par Tyard furent probablement exécutés
pour le château d'Anet de Diane
de Poitiers et étalés, à l'origine (selon
la thèse de P. Roussel [voir Biblio 2]),
dans l'actuel Salon des Glaces.
-
L'Epître d'Etienne Tabourot
à Pontus de Tyard (p. 257)
-
Il nous incombe d'avouer, d'entrée de jeu,
que cette préface épistolaire n'est ni aussi exceptionnelle,
ni aussi sincère qu'elle paraîsse en surface. Tout d'abord,
ce n'est point la seule fois qu'un éditeur de l'époque ait
prétendu redécouvrir et racheter un "exercice" de jeunesse
d'un auteur contemporain (cf. les 29 sonnets de jeunesse d'Etienne de la
Boétie publiés par Montaigne dans l'essai 1.29 de l'édition
1580 des Essais [Micha: t. 1, p. 243]). Pour la même
raison, il faut se méfier lorsque Tabourot affirme qu'il "prit"
(c.-à-d., vola, à juger de l'allusion à son
"honneste larrecin") le manuscrit des Fables à l'insu de
Tyard: il est bien plus probable que le Seigneur de Bissy lui accorda
la permission de les publier. Sa confession est d'autant plus suspecte
parce que cette oeuvre n'était guère un fruit de jeunesse
ou d'inexpérience: Tyard avait au moins 34 ans lors de sa
composition (vers 1555), et il eut déjà rajouté un
troisième livre à ses fameuses Erreurs amoureuses.
-
On remarque la date de la préface: 1585.
C'est en effet la première édition publiée de l'oeuvre
(paraissant donc 30 ans environ après sa composition). La
valeur principale de ce document est le commentaire sur la "maison d'Anet":
seul témoignage affirmant que les "belles inventions" des Douze
Fables auraient inspiré le plan de travail pour la décoration
(le "plus grand lustre") du château. Reste à découvrir
quel(s) artiste(s) aurai(en)t réalisé le projet de Tyard
et où les tableaux se seraient trouvés. Ainsi que nous
l'avons déjà indiqué, Roussel propose que les tableaux
auraient embelli les murs de l'actuel Salon des Glaces avant l'amènagment
de la pièce en 1698. Or personne, à ma connaissance,
n'a conjecturé sur l'identité de celui (ou ceux) qui eusse(nt)
achevé les "peintures" proposées. Malgré
ce vide, il semble fort probable que Jean Cousin,
père y ait joué un rôle dominant. Car
l'on ne saurait s'empêcher de reconnaître les ressemblances
entre les tapisseries communément attribuées à son
inspiration (voir le
Web-quête 2)
et les descriptions offertes par Tyard. Dans le Forum
2, je vous invite à vous engager pleinement dans ce débat
érudit en rehaussant ces similarités et en proposant d'autres
théories, compte tenu de la biographie de l'artiste et de ce que
vous apprenez en lisant les
Fables, pour croire que Cousin
aurait pu réaliser le projet pictural que nous étudions.
-
Les Douze Fables... (pp.
258-77)
-
Il convient de remarquer, dès le début,
que les fables de Tyard s'inspirent de plusieurs sources anciennes, dont
les principales sont le De Fluviorum Montiumque Nominibus (Sur
les noms des fleuves et montagnes) du Pseudo-Plutarque, les Metamorphoses
d'Ovide, et la Description de la Grèce de Pausanias.
-
Chaque Fable est composée de 3 parties:
la fable d'origine (inspirée d'un texte ancien), la description
pour la peinture, et l'épigramme. En principe, la peinture
serait basée sur la fable, et l'épigramme serait inclu dans
les marges (ou en bas, dans une cartouche) de la peinture (à comparer
les légendes inscrites dans les marges des tapisseries de Cousin).
-
En lisant, vous devez faire très attention
à la mise en relief des métamorphoses et aux procédés
par lesquels les fleuves et fontaines obtiennent leur nom (le jeu d'étymologies).
Par ailleurs, on remarque la mise en relief de l'eau--métaphore
par excellence (on l'a déjà dit) de l'écoulement du
temps, etc. (voir nos commentaires sur le Discours,
ci-dessus).
-
Vous devez aussi vous demander, pour chaque Fable,
comment (ou si) la peinture complète la fable d'origine, et comment
(ou si) l'épigramme enrichit la peinture et/ou la fable d'origine.
-
Voilà la liste commentée
des fables à lire:
-
F1:
-
F2:
-
On remarque les directifs que l'auteur offre au peintre: quelles
ressemblances voyez-vous entre cette description et les ekphrases de Ronsard?
-
Attention au temps des verbes dans l'épigramme.
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F3:
-
Cette fable est inspirée de Pausanias (Desc.
de la Grèce 7.23, 1-2: voir la note en bas de la p.
261).
-
On remarque l'emploi du conditionnel dans la description de la peinture.
Qu'est-ce que ce mode verbal introduit dans la description?
-
F4:
-
Cette fable est aussi inspirée de Pausanias (Desc.
de la Grèce 7.21, 1-5: voir la note en bas de la p.
263).
-
On remarque la disproportion textuelle entre la fable et les deux autres
parties.
-
F6
-
La sixième Fable s'inspire du Pseudo-Plutarque (De Fluviis
23, voir Biblio 2).
-
On remarque des disparités entre l'épigramme et la représentation
picturale: quelles sont ces disparités?
-
F7
-
Cette Fable s'inspire du Pseudo-Plutarque (De Fluviis 25, voir Biblio
2).
-
Au milieu de la description pour la peinture, Tyard affirme: "ou, si cet
acte estoit estimé mal seant..." Qu'en pensez-vous?
-
F9
-
La neuvième Fable s'inspire surtout d'Ovide (Métamorphoses
4.285-388).
-
On remarque le discours direct dans l'épigramme.
-
F10
-
Cette Fable s'inspire du Pseudo-Plutarque (De Fluviis 7, voir Biblio
2).
-
On remarque la dimension psychologique de l'épigramme. Est-ce que
la même dimension s'exprime dans la peinture? Si oui, comment?
-
F11
-
Cf. Pseudo-Plutarque (De Fluviis 11, voir Biblio
2).
-
On constate que l'épigramme appuie sur le changement du nom du fleuve
Palestin. Est-ce que cette transformation s'expriment visuellement?
-
F12
-
Cf. Pseudo-Plutarque (De Fluviis 16, voir Biblio
2).
-
On constate l'introduction d'un "lavatoire" au lieu d'un fleuve ou fontaine.
-
Quelle serait l'importance de la mention, dans l'inscription de la
fable d'origine, d'un variante de l'histoire? Qu'est-ce que ceci
pourrait avoir avec le message général de l'oeuvre?
Devoirs (à compléter
avant le 18 octobre): O
= obligatoire; F
= facultatif
RÉ =
réserve électronique; CÉ
= courrier électronique
LD
= liste de diffusion
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Lectures
2:
(O)
(RÉ)
-
Douze Fables de fleuves ou fontaines (1555-56) (1585)
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Bibliographie
recommandée 2: (F)
(RÉ)
(Le titre en rouge fait l'objet d'un compte
rendu obligatoire)
-
Eco, Umberto. "Two Models
of Interpretation" et "Unlimited
Semiosis and Drift..." Dans The Limits
of Interpretation. 1990 (pp. 8-32).
-
Mayer, Marcel. Le Château d'Anet.
1952 (pp. 26-28).
-
Miernowski, J. "La Poésie
et la peinture: Les Douze
fables de fleuves ou fontaines de Pontus
de Tyard.
Reforme Humanisme, Renaissance 18 (1984): 12-22.
-
(Pseudo-)Plutarch. Plutarch`s Essays and
Miscellanies. Vol.
-
Roussel, P. D. Description du Château
d'Anet depuis le
dixième siècle jusqu'à
nos jours. 1875 (pp. i-iii; 25-28; 58; 92-96).
-
Roux, Alphonse. Le Château d'Anet. 1931
(pp. 38-53; 70-75).
|
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Forum
de discussion 2:
-
(O) Dans quels sens le Discours
du temps nous prépare-t-il à comprendre le sens (le but
théorique) des Douze Fables? Quels messages les deux
ouvrages ont-ils en commun? Fournir des exemples précis.
Cliquer
ici pour entrer dans la discussion.
-
(F*) Pourquoi
voudrait-on proposer que Jean Cousin, père, était le
réalisateur du projet pictural proposé dans les Douze
Fables? Étudier les 2 tapisseries attribuées à
Cousin dans notre Web-quête 2 et
relever 2 similarités (au moins) entre ces images et les descriptions
des tableaux "fabuleux" de Tyard. Lire la biographie de l'artiste
aussi. Y aurait-il d'autres raisons pour arriver à la même
conclusion?
Cliquer
ici pour entrer dans la discussion.
* Pour des
points de bonus.
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Exercice
écrit: (O)
Chaque étudiant doit remettre une petite explication d'une
"fable" (2 pages maximum). Résumer la fable et relever les
correspondances (et différences) entre la fable d'orgine et sa représentation
picturale (la "peinture") et poétique (l'"épigramme").
A votre avis, laquelle des trois parties semble l'emporter sur les deux
autres, ou seraient-elles toutes égales? Expliquer.
Veuillez envoyer vos explications directement au professeur
(Les grosses lettres en caractère gras renvoient aux étudiants
rassemblés dans notre galerie de portraits.)
A: Fable 1 D:
Fable 4 F: Fable
7
B: Fable 2 E:
Fable 6 G: Fable
10
|
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Compte
Rendu:
D (seulement) (O):
Lire l'article de Miernowski (RÉ)
et en préparer un compte rendu de 3 pages (maximum); remettre
directement au professeur
en fichier joint (en Word ou WordPerfect). Dû
le 18 octobre.
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Web-quête:
(F)
-
Philibert Delorme
-
Jean Goujon
|
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Confus?
(F)
-
Des problèmes linguistiques? Cliquez sur le Cotgrave en
ligne:
Toujours confus? Envoyer vos questions à la LD
du cours: fre553-l@uncg.edu;
ou m'envoyer un message personnel à: recampo@uncg.edu
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